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La Syrie devrait être divisée en trois zones d'influence étrangère

Les dirigeants mondiaux ont depuis longtemps souligné la nécessité de maintenir l’intégrité territoriale de la Syrie, mais pour le moment, un tel objectif n’est pas réaliste. Le général américain à la retraite David Petraeus a un jour comparé la Syrie à «Humpty Dumpty», affirmant qu'il ne serait peut-être pas possible de remettre le pays «ensemble», comme le suggère la comptine. Pour retrouver son intégrité territoriale, la Syrie a d'abord besoin d'une phase de transition dans laquelle le pays sera divisé en trois zones d'influence étrangère.

Actuellement, la Syrie n'a pas les bases d'un pays unifié. Plus de la moitié des Syriens sont des réfugiés ou des déplacés internes. Les seigneurs de la guerre, les milices et les voyous dominent les rues. La guerre a créé trop de haine entre sunnites et alaouites, kurdes et arabes. Il n'y a plus de confiance entre les différentes factions de la société syrienne. Il est naïf de supposer qu’un règlement négocié à Genève pourra par magie convaincre les Syriens de vivre ensemble à nouveau dans la paix et l’harmonie.

La Syrie a d'abord besoin d'une transition

Les dirigeants mondiaux ont formulé une grande proposition selon laquelle les Syriens eux-mêmes devraient décider de l'avenir de leur pays. Cependant, cette proposition est déconnectée de la réalité, du moins pour l'instant. La guerre a détruit le tissu social du pays et ses institutions publiques. La Syrie doit être reconstruite socialement, économiquement et politiquement de bas en haut avant que les Syriens puissent prendre une décision éclairée sur l'avenir de leur pays. Ils ont d'abord besoin d'une transition. Si des élections devaient avoir lieu aujourd'hui, qui pourraient-ils élire? Un ancien baathiste, un djihadiste ou un membre de l'opposition qui est à l'étranger depuis des années et n'a aucun lien avec la base sur le terrain?

Pour commencer, Bachar al-Assad ne peut faire partie d'aucune solution – toute solution viable commence avec son départ. Même ses mécènes, les Russes, s'en rendent compte. Les implantations locales que la Russie a négociées avec l'opposition, comme celles de Daraa, sont en train de s'effondrer parce qu'Assad n'a pas respecté son accord. Récemment, les médias russes ont ciblé Assad avec une campagne de diffamation. Les divisions au sein du clan Assad sont ouvertes, son cousin Rami Makhlouf publiant occasionnellement des vidéos sur Facebook l'accusant d'être "injuste". Ces divisions révèlent la vulnérabilité d'Assad et son incapacité à contrôler son camp.

Cependant, les Russes ne peuvent pas simplement laisser partir Assad. Fils d'Hafez al-Assad, fondateur du régime actuel, il est un personnage fédérateur. Les seigneurs de la guerre se battent sous son drapeau, et la chute de ce drapeau ne ferait que créer plus de chaos pour la Russie. Moscou doit trouver un autre moyen de préserver ses intérêts en Syrie. Trouver cette alternative a non seulement été un problème pour la Russie, mais aussi pour les autres parties prenantes étrangères, c'est pourquoi nous nous concentrons davantage sur le traitement des symptômes du problème sous-jacent plutôt que sur la recherche d'un remède. Des efforts sont déployés pour accueillir les réfugiés dans les pays d'accueil et acheminer l'aide à l'intérieur de la Syrie. Cependant, ces efforts ne sont pas propices à une solution durable.

Trois zones d'influence

L'alternative consiste à diviser la Syrie en trois zones d'influence. Aucun pays à lui seul ne peut assumer la tâche gigantesque de diriger la Syrie, et l'ONU ne sera pas en mesure d'envoyer un demi-million de soldats pour rétablir l'ordre. C'est là que la Turquie, la Russie et les États-Unis devraient travailler avec leurs alliés locaux pour stabiliser le pays. La Turquie a mis en place un bon plan dans le nord-ouest qui peut être reproduit dans les deux autres zones. Il purge des groupes terroristes tels que Hayat Tahrir al-Sham et Hurras al-Din et intègre les différents groupes d'opposition armés dans l'armée nationale syrienne sous la supervision du vétéran général Salim Idriss. Les Russes peuvent faire de même dans les zones de régime. Leur homme le plus fiable est le général Suheil al-Hassan; bien qu'il fasse partie de l'armée d'Assad, il est connu pour prendre des ordres directement de la base aérienne russe de Hemeimeem. Quant au nord-est, les États-Unis et leurs alliés occidentaux devraient avoir la présence militaire pour garder les Kurdes sous contrôle. Ils garantiront également que les Kurdes ne seront pas confrontés à l'agression des Turcs. En outre, un accord devrait être conclu avec les Turcs selon lequel les Kurdes d'Afrin sont protégés et les forces turques quittent la zone entre Tal Abyad et Ras al-Ayn, abandonnant leur projet de réinstallation des réfugiés là-bas. Les forces de l'ONU devraient être déployées aux frontières séparant les trois zones pour garantir qu'aucune transgression ne se produise entre elles.

Assurer la sécurité et ouvrir la voie au retour volontaire

La première étape dans chaque zone serait d'intégrer les factions armées dans un appareil de sécurité cohérent qui peut faciliter le retour des réfugiés et des personnes déplacées à l'intérieur du pays (PDI). L'appareil de sécurité, opérant sous surveillance étrangère, permettra aux réfugiés et aux déplacés internes de rentrer chez eux sans subir de représailles. Leur première tâche sera d'assurer un retour «sûr, digne et volontaire». La Turquie, la Russie et les États-Unis ont intérêt à préserver le tissu social d'avant-guerre afin de stabiliser le pays. Ils diffèrent à cet égard de l'Iran, qui a pour objectif politique de déplacer les populations en Syrie et de créer un couloir chiite à travers le pays, malgré les tensions qu'une telle politique pourrait créer. Le retour devrait être suivi d'un processus de reconstruction dont bénéficieront la Turquie, la Russie et les États-Unis, et le processus de reconstruction devrait être mené en collaboration avec les conseils locaux. Par le biais des conseils locaux, des accords de réconciliation locaux peuvent être conclus, menant à des accords nationaux.

Au terme de ce processus, qui devrait durer cinq ans, les Syriens pourront prendre des décisions éclairées sur l'avenir de la Syrie. Cette transition créera l'espace pour l'émergence de nouvelles personnalités politiques locales. Lorsque le pays est reconstruit, la société civile est nourrie et la réconciliation nationale est menée, des élections libres peuvent être organisées. Le Parlement élu peut alors rédiger une constitution inclusive et représentative des véritables aspirations du peuple syrien. La constitution devrait arriver à la fin du processus politique ascendant, pas à son début. À la fin de ce processus, Humpty Dumpty peut être reconstitué.

Le Dr Dania Koleilat Khatib est une universitaire affiliée à l'Institut Issam Fares pour les politiques publiques et les affaires internationales à l'Université américaine de Beyrouth. Les opinions exprimées dans cette pièce sont les siennes.

Photo de BAKR ALKASEM / AFP via Getty Images

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